Belmont
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Toponymes connus
- Belmont Med.
- Suba - Ṣūbā / صوبا Arabe Contemp.
- Tel Tzova - Tel Ṣōvā / תל צובה Hébreu Contemp.
Description
Histoire
Le Jebal Suba/Ǧabal Ṣūbā dresse son cône isolé à 750 mètres d'altitude, à une dizaine de kilomètres à l'ouest de Jérusalem, et commande un horizon exceptionnel : au nord-ouest la route de Jaffa à Jérusalem, à hauteur du village d'Abu Ghosh ; au sud-est la vallée profonde d'Ain Karim et la route de Bethléem ; au nord-est le Qastal et Nabi Samwil, que le XIIe siècle voit occupés par le château hospitalier de Belveer et l'abbaye de Saint-Samuel ; au sud le ravin du Wadi as-Sarar (Nahal Soreq), la voie de pénétration la plus commode depuis la plaine côtière. Des tombes rupestres et un pavement de mosaïque y signalent une occupation dès l'âge du Fer et à l'époque byzantine, mais aucune identification antique n'est assurée, et les Francs eux-mêmes n'attachaient probablement à ce sommet aucun souvenir biblique.
L'existence du château est attestée à partir de 1157, puis à nouveau en 1162. Le site appartient alors à l'ordre de l'Hôpital, qui en avait probablement pris possession dans le même élan qui leur permit, depuis les années 1140, de tenir tout le voisinage, dont le site proche d'Aqua Bella et la terra de Emmaüs, avec sa fameuse église d'Abou Gosh.
L'importance militaire de la place fut faible : la route qu'elle surveille n'est pas la route principale de Jérusalem au XIIe siècle, et la menace d'Ascalon avait disparu quand Belmont devint château.
La fin fut sans gloire. Après la bataille de Hattin, la garnison abandonne la place, qui tombe aux mains de Saladin en août 1187 sans avoir été défendue. En septembre 1191, Bellum Montem figure parmi les forteresses que le sultan fait raser par son frère al-'Adil à l'approche de la troisième croisade.
Le village, lui, survécut puisque Suba devint plus tard le repaire de la famille Abu Ghosh, qui rançonnait la route de Jérusalem, jusqu'à ce qu'Ibrahim Pacha emporte la place d'assaut en 1834 et la démantèle presque entièrement.
Guérin, dans les années 1860, y décrit encore des tronçons d'enceinte admirablement appareillés. En mai 1875, les officiers du Survey of Western Palestine reconnaissent la forteresse franque à son talus de pierres à bossage à taille diagonale du XIIe siècle et aux vestiges croisés répandus dans tout le village ; la mosquée, elle, occupait le point culminant, là où s'était dressée l'église des croisés.
En juillet 1948, les forces israéliennes s'emparent du village, détruisent une partie des maisons et installent tranchées et postes de commandement parmi les ruines. Le site est aujourd'hui abandonné.
Centre administratif d'un domaine agricole, Belmont relevait de ces terres de collines que l'Hôpital exploitait en régie directe ou affermait, et dont la charte du patriarche Guillaume détaille en 1141 le régime — céréales, légumineuses, vignes et oliveraies. Son intérêt pour l'ordre tenait donc probablement moins à la défense du royaume qu'à ce rôle nourricier au service de son œuvre hospitalière à Jérusalem ; le vin et le sirop de raisin, que Suba produisait encore au XVIe siècle, en étaient les productions les plus utiles.
Description
Les fouilles ont révélé un château de plan concentrique dont le sommet est couronné par un noyau rectangulaire compact. Le tracé de l'enceinte périmétrique est polygonal, à la manière de celle de Ṣāfītā. Son tracé suit à peu près les courbes de niveau et ceinture la colline, les vestiges n'attestant d'aucune solution de flanquement.
Les courtines étaient défendues par un talus incliné à 70 degrés en partie taillé dans le roc et en partie maçonné. La porte, à l'angle sud-est, est un ouvrage étonnamment simple — un passage oblique large de trois mètres, aménagé à l'endroit d'un raccord volontairement décalé de l'enceinte. Il n'y a aucune trace d'élément défensif spécifique couvrant l'approche.
Cette porte franchie, on tombait sur une longue salle voûtée dont le tracé double celui de l'enceinte sur 50 mètres : la présence de mangeoires de pierre atteste probablement de son rôle d'étable ou plutôt d'écurie.
Le noyau central aménagé au sommet, ouvrage primitif, dessine un rectangle d'environ 33 mètres est-ouest sur 40 nord-sud aux murs épais de 2,60 à 3,80 mètres. Ses murs nord et sud sont accostés de salles voûtées en berceau, l'ensemble dégageant une cour intérieure allongée. L'entrée principale se faisait par l'est via un passage lui-même voûté et donnait directement dans la cour. Elle est flanquée d'une tourelle quadrangulaire pleine saillante de 2,60 mètres ; une seconde porte de calibre inférieur perçait le front nord. Elle est elle aussi flanquée d'une tourelle rectangulaire pleine.
Dans le sous-sol est aménagée une série de citernes rupestres, apparemment byzantines, entretenues tout au long du Moyen Âge et alimentées par les drains qui recueillaient l'eau de la cour et des toitures.
Dans une seconde phase franque, une salle voûtée d'arêtes fut bâtie à l'angle nord-est de la cour. Elle accueillait un pressoir à vin dont la cuve est taillée dans le roc. La voûte fut plus tard prolongée d'une travée vers le sud, couvrant le passage de l'entrée principale mais le condamnant simultanément : la poterne nord devenait alors le seul accès.
Le noyau de Belmont relève manifestement de ces « bâtiments à cour » interprétés comme maisons fortes, et son parallèle le plus proche, Aqua Bella, n'est qu'à 1,5 kilomètre à vol d'oiseau. Aqua Bella, qui conserve son étage, donne à voir ce que Belmont a probablement perdu : un escalier montant de la cour menant à une galerie et une grande salle voûtée d'arêtes.
Belmont n'a donc très probablement pas été conçu comme un château, mais d'abord comme une maison forte, que l'Hôpital transforma en forteresse après avoir acquis le domaine vers 1140, en lui ajoutant notamment l'enceinte extérieure mais aussi les écuries et autres bâtiments édifiés dans la nouvelle basse-cour.
Au pied de la colline, une source habilement canalisée au moyen d'ouvrages maçonnés et taillés dans la roche alimente encore en eau les cultures.