Gibelet

Liban | Comté de Tripoli


Toponymes connus

  • Gibelet
  • Byblos Latin
  • Jbeil - Ğbeīl / جبيل Arabic Contemp.

Description

Français | Deutsh

Histoire

Durant leur traversée de la corniche libanaise en 1099, les premiers Croisés passèrent au voisinage de Giblet, mais ne l’attaquèrent pas, en vertu d’un accord de non-agression passé avec le gouverneur de Tripoli, Ibn ‘Ammar. L’antique Jobel ou Byblos, fut finalement conquise par Raymond de Saint-Gilles le 28 avril 1104, grâce à la précieuse aide d’une escadre génoise composée de quarante galères. Raymond récompensa la cité marchande en lui concédant un tiers de la ville conquise.

Par acte du 26 juin 1109, Bertrand de Saint-Gilles, fils du comte Raymond, fit don de l’intégralité de la ville aux Génois, suite à leur concours dans la prise de Tripoli où ces derniers alignèrent cette fois-ci près de soixante-dix galères. Un des amiraux de l’escadre, Ugone Embriaco, fut placé à la tête des deux nouveaux tiers, puis obtint au bout de quelques temps l’administration de la ville entière, et enfin sa cession comme fief héréditaire (moyennant néanmoins certaines redevances à la seigneurie de Gênes). Peu à peu, les liens avec la métropole se distendirent, et les Embriaci – devenus entre temps « sires d’Embriac » – devinrent l’une des plus importantes familles du comté de Tripoli.

Suite à l’emprisonnement d’Hugues III d’Embriac lors de la bataille de Hattin, la ville fut remise en août 1187 à Saladin en échange de la liberté de son seigneur. Terrorisé par l’arrivée de Frédéric Barberousse aux confins de la Syrie, le sultan fit démanteler la ville et son château. Une décennie plus tard, la famille Embriac recouvra son fief grâce à l’habilité diplomatique de la douairière Etiennette de Milly, veuve d’Hughes III, qui réussit à corrompre le gouverneur musulman de la ville et à la réoccuper pacifiquement. Contrairement aux lambeaux du comté de Tripoli qui furent évacués après la prise de sa capitale par le sultan Qalaoun, il semblerait que Pierre, dernier chef de la très souple famille Embriac, ait obtenu un sursis du sultan pour évacuer la place, sous condition d’un étroit vasselage…

Description

Le château de Giblet – sans doute l’un des plus anciens construits par les Croisés – présente la particularité d’être situé au sein d’un vaste champ de ruines archéologiques, où se mêlent, face à la Méditerranée, les vestiges laissés par les plus grandes civilisations de l’Antiquité. On suppose que ce fut là, au contact de monuments perses pourvus d’appareil à bossage, que les Francs adoptèrent cette technique qui deviendra tout au long du XII° siècle leur « marque de fabrique » pour la construction d’ouvrages militaires. D’où la présence de ces imposantes pierres à bossage tabulaire sur l’ensemble de l’édifice mais également de ces fûts de colonne placés en boutisse, eux aussi réemployés à bon escient.

Le château consiste en une enceinte rectangulaire flanquée de cinq tours de tailles et factures diverses, dominées par un redoutable donjon. Un élégant pont à deux arches surmontant le fossé permet d’atteindre l’entrée principale, percée dans la courtine nord.

L’accès unique au donjon se faisait très archaïquement par une porte située à 2 m du sol à laquelle l’on parvenait au moyen d’une échelle. Une vaste salle voûtée en berceau occupait la partie inférieure, avec en son centre l’orifice d’une citerne creusée sous l’ouvrage même. Au premier étage, auquel l’on accède par un escalier ménagé dans l’épaisseur du mur, se trouvait vraisemblablement une salle d’apparat, aujourd’hui éclairée par une grande baie.

La cité médiévale de Gibelet, à deux pas du château, vaut également le détour : l’enceinte qui entourait jadis entièrement la ville présente encore de très beaux restes au front nord avec une tour d’angle et six saillants barlongs dont les assises basses sont indéniablement d’origine franque. Le petit port de la ville est quant à lui toujours gardé par une tour munie d’archères, partiellement ruinée. Enfin, il faut signaler l’existence de la cathédrale Saint Jean-Baptiste des Croisés, bâtie dans la première moitié du XII° siècle et magnifiquement conservée.